RESEAU VILLE-HOPITAL-ADOLESCENTS
Réunion du Jeudi 26 janvier 2006 à 19h
Mr Sibony Claude, Psychologue
Tel : 04 67 33 98 41
Titre de l'intervention : «A dos les sens »
Intervenant : Mr SIBONY Claude, Psychologue à Arc-En-Ciel, responsable de la consultation « Adolescents et Addictions » à la Polyclinique du CHU La Colombière à Montpellier.
I - L'intervention :
Dans un souci d'objectivité, ce compte rendu retranscrira une partie des propos de Mr SIBONY tels qui l'ont été lors de la réunion. En effet, Mr SIBONY s'est appuyé sur un article dont il est l'auteur « Au « Sujet » de l'enfant » TABULA N°l 1 p : 49 à 63. Bulletin de l'ACF-Voie Domitienne. Trois vignettes cliniques sont venues par la suite illustrée les propos théoriques.
« C'est du côté de l'effraction du réel pubertaire, et du « trop de corps » qui en résulte, que nous aborderons la clinique du sujet à l'adolescence. Il s'agit du sujet aux prises avec son adolescence et les modalités singulières d'appareillage de la
jouissance que chacun tentera d'élaborer. (référence aux fantasmes ou à des symptômes).
La crise de l'adolescence - adolescent étymologiquement : celui qui croît- est la résultante de l'envahissement de la jouissance, envahissement consécutif au réel à l'œuvre dans le corps. Le sujet est convoqué à se situer sexuellement, à trouver les signifiants qui vont fixer les coordonnées de son désir. Suite au désarrimage des signifiants de l'enfance et aux bouleversements plus ou moins harmonieux du corps, l'inquiétude quant à l'image prévaut. Soutenir une image va constituer un enjeu vital, elle devra être épinglée des signifiants de l'Autre et des autres afin de se structurer. Une certaine errance ainsi qu'un défilé des nouvelles nominations (...) et construction de nouveaux symptômes vont se succéder, affolant l'entourage familial, donnant par ailleurs à cette clinique un aspect non figé, labile.
La crise de l'adolescence est en quelque sorte un dépliage de la structure conduisant à un remaniement subjectif ; parfois elle provoque littéralement un dénouement, un dénouement du nœud structurel, suivi d'une nouvelle proposition, tentative de création pour que cela tienne, création symptomatique qui oriente le flux de jouissance afin de récupérer le surplus...
Nouage initial et résistance des matériaux :
(...) La puberté et la vague de jouissance qui déferle mettent à mal les digues préexistantes que l'enfant s'est constitué. C'est l'assisse structurelle qui déterminera les capacités à se dégager ou non du flux de jouissance et de son aspect mortifère, en lui donnant une orientation, en permettant la construction de nouveaux symptômes, en s'orientant par le fantasme, quand ce dernier résiste.
L'adolescent doit répondre de sa rencontre avec le sexuel, confirmer ou infirmer les choix d'objets déjà effectués dans l'enfance, choisir la position subjective homme ou femme (ou choisir de ne pas choisir). Cette rencontre avec le rapport sexuel en tant qu'impossible précipite certains dans différents modes de conduites ou symptômes qui sont autant d'appareillages possibles. (...) A cet endroit chacun tente de trouver sa formule, son style, sa marque. Un florilège de signes, un style langagier, (...) se tiennent là , attestant de la poussée, renforçant la dimension imaginaire, arrimant les sujets aux mots qui les déclinent. Ici l'habit fait le moine. Il s'agit de renouer ce qui se distend sous la poussée pubertaire, de rendre compte du corps qui pousse, des déterminants sexuels, des sens qui encombrent, de la jouissance sexuelle possible, du franchissement du fantasme dans l'acte, de la déception et du renoncement. L'angoisse signale l'effraction du réel dans le symbolique, la honte marque la reconnaissance aux yeux de l'Autre de la jouissance, la culpabilité pointe le désir et l'interdit.
Nombreuses sont les manifestations qui évoquent métaphoriquement la rencontre à la question sexuelle et les réponses apportées. Certaines de ces manifestations concernent la jouissance phallique ou comment être homme ou femme, plaire, séduire, aimer, satisfaire, pouvoir, prendre plaisir, sublimer... D'autres rappellent la part non limitée par le signifiant de la jouissance. La torpeur qui s'abat sur le corps, la dépression en tant que bain de jouissance, les troubles dits alimentaires, les toxicomanies et les conduites dites à risque en sont autant d'exemples. Le décrochage scolaire, fréquent à cette période de la vie, pointe lui aussi le souci de n'en rien savoir, de changer de registre en quelque sorte. L'affaiblissement de l'image paternelle, la fragilité narcissique et l'effraction pubertaire ouvrent la possibilité de nouveaux modes de jouissance ; la tentation est de transgresser, de forcer la limitation phallique de la jouissance et d’xplorer d’autres horizons. (...)
Adolescence et jouissances :
Le maillage entre signifiant et jouissance lors de l'enfance se dénoue et laisse place à des nouvelles configurations, à des nouages provisoires plus ou moins stables. Les passages à l'acte rendent compte de la fragilité du fantasme et l'émergence possible de la pulsion de mort débridée. (Référence à l'article de Jacques-Alain Miller, intitulé : Les six paradigmes de la jouissance) - Revue de l'Ecole de la Cause Freudienne (...)
De la libido freudienne à la jouissance du bla-bla, le concept de jouissance suit l'évolution de fa théorie lacanienne de l'Imaginaire au Symbolique et enfin au Réel. La libido, dans le premier paradigme, est envisagée tout d'abord dans son statut imaginaire, elle ne procède pas du langage. II y a disjonction entre ce qui est de l'ordre de la jouissance et ce qui est de l'ordre du symbolique. Puis vient la « significantisation de la jouissance», nom donné au second paradigme, (...) qui vient poser la question de savoir si la jouissance se résorberait dans le symbolique.
« La libido elle-même est inscrite dans le signifiant (...) le signifiant annule la jouissance et vous la restitue sous la forme du désir signifié. »
Ensuite, le troisième paradigme, celui de la jouissance comme impossible, au-delà du symbolique, la jouissance comme réelle. (...) La jouissance ne s'obtient, dans ce paradigme, que par une transgression, par un forçage. L'adolescent dans ces conduites ordaliques extrêmes franchit tout d'abord la barrière de la loi, puis celle du beau comme dernier rempart avant de rencontrer la jouissance et son horreur. (...) Nous situerons à cet endroit le goût de l'exhibition de l'anorexique du côté de l'épure, le travail d'écriture sur le corps de certains adolescents, (...) les marques laissés par les scarifications ou encore les diverses cicatrices témoignant d'accidents, d'agressions ou de tentatives de suicide. Le héros est celui qui en revient... Dans le quatrième paradigme, la jouissance dite ici normale apparaît comme « fragmentée en objets a ». (Les objets a sont des éléments que l'enfant recherche chez l'Autre (en règle général la mère) tel que la voix, le regard, une attitude...) Le paradigme cinq précise la jouissance qu'il dénomme discursive. Dans ce paradigme jouissance et signifiant ont une « relation primitive originaire.» D'une part une perte de jouissance de par l'effet signifiant, -phi, d'autre part un supplément de jouissance, l'objet a comme plus-de-jouir. J.-A. Miller précise qu'en tant qu'objets plus de jouir, la liste est infinie puisqu'elle peut intégrer tout objet de culture (...). Nous passerions !à d'une problématique de manque et de désir, à une problématique de trop et de jouissance. Dans le dernier paradigme, le langage et la structure qui étaient donnés comme primaires, deviennent secondaires et dérivés. La Lalangue est appréhendée comme «parole disjointe de la structure du langage». (...) C'est le paradigme du non-rapport (...). Là encore, nous pouvons questionner le rapport des jeunes avec la lettre, avec la langue. (...) Les murs de la ville portent les stigmates d'un travail sur la lettre, un travail aux confins du sens et du hors sens (...) Ce matériau c'est Lalangue comme substance jouissive. »
II- Débat:
Mr RANCOURT : On voit souvent la prise de toxique comme un moyen de jouissance. Est-ce que cela ne pourrait pas être aussi une protection contre la jouissance ?
Mr SIBONY : Cela dépend de la structure. Pour un psychotique une prise de produit va diminuer la jouissance. Pour le névrosé, le produit va lui enlever l'inhibition et ainsi la jouissance va devenir plus forte.
Mr DOUSSAN : La prévention contre le suicide ne risque t'elle pas de faire un effet inverse de celui qui est recherché. On essaie d'empêcher cet acte mais n'y a-t-il pas un risque pour que l'adolescent ait envie de faire parti « de cette secte de laquelle on parle... »
Mr BRES: C'est possible. La prévention peut en effet servir à fabriquer les prévenus. Quand on pose un interdit il y a un dit...
Mr RANCOURT : La réponse en face peut avoir une fonction d'identification. Par exemple, lorsqu'on a un regard le plus souvent effrayé le danger peut être là ...
MrBRES ; A l'adolescence et chez les déprimés on constate une arborescence de connections de structures chargées vers le cortex qui vont être débordées. Ainsi, ces personnes vont être sujettes à une hypersensibilité. Puis dans un deuxième temps, cette arborescence va se réorganiser pour que l'adolescent ne soit pas surchargé d'informations et ainsi pour qu'il ait un meilleur contrôle. (...)
|