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Action 2006 que nous vous proposons :
Établissement d’un questionnement sur le thème : (« Envie de la Vie » Le suicide n'est pas une fatalité.), par un groupe de jeunes en février. (Lycées ou Collèges ou association de Montpellier Agglo etc.). Afin dans un premier temps, de savoir, ce que représente ce groupe de mots pour les adolescents.
Type de Question ouverte Je vous dis « Envie de la Vie », merci de me donner votre réponse en une phrase. ................
Types de réponses: Merci de les classer par ordre d'importance pour vous.
Avoir de l'argent. Avoir une voiture, une moto
Avoir une petite copine ou copain
Réussir mon examen ou mon année
Passer à la StarAc (ou autre(s) émission(s) de TV réalité) Etc.
Avoir une famille
Avoir des enfants
Être aimé(e)
Aimer
Ne plus souffrir
Prendre le risque d'aimer.
Poser ce type de questionnement à une centaine de jeunes de la Région.

* Dépouiller les résultats et allé poser le même questionnement à des Philosophes, écrivains, sociologues, éducateurs, Psy etc. , afin d'avoir leurs visions et de dialoguer avec eux sur les résultats des réponses fournies par les Adolescents.
* Filmer, certaines interventions de jeunes (avec leur accord et celui de leurs parents) et faire filmer et interviewer les personnalités par un groupe de journalistes amateurs.
* Mettre le résultat de ces films et des interviews sur le site Internet. Créer un DVD.
Tu veux participer à l’élaboration et au tournage de clips et Interviews de Psy, de philosophes, écrivains, acteurs(actrices), chanteurs (euses) et de jeunes adolescents sur ce thème.. Alors connecte-toi au site http://www.pslr.org et ou envoie un SMS au 0603028589
Action organisée par: Association Parents-Brisés (http://www.parents-brises.org)
Jonathan Pierres Vivantes et PSLR - Prévention Suicide Languedoc Roussillon (http://www.pslr.org)
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(initiative du Docteur Robert BRÉS) dont l'association Parents-Brisés fait partie et a proposé la mise en ligne sur ce site pour divulgation.
Date: 2005-12-06 Thème:Adolescence, Å“dipe, science
Compte rendu de l'intervention. Merci de cliquer iCi
Intervenant(s): Docteur François Valancogne, psychiatre à l'USGA de la poly
Adolescence, œdipe, science. Plan 1. Œdipe.
2. Adolescence et complexe d'œdipe.
3. Intérêts d'une lecture psychanalytique de ce qui nous présente la clinique des adolescents.
1. Å’dipe
Résumons ce que peut être l'œdipe :
Une chose tout d'abord, il ne m'apparaît pas opportun de parler de l'oedipe en donnant une définition, c'est ce que j'avais fait au début mais je trouvais que ça fermait les choses plutôt que de nous ouvrir sur ce que l'oedipe a d'actuel aujourd'hui et dans notre pratique quotidienne.
FREUD
Œdipe roi de Thèbes a mené l'enquête : l'oracle était exact : il est lui-même le meurtrier de son père, Laïos, et le mari de sa mère, Jocaste, qui lui a donné quatre enfants… Il avait fui ceux qu'il croyait ses parents, Polybe et Mérope, roi et reine de Corinthe, par crainte que l'oracle se réalise ! Égaré par ses propres crimes il se crève les yeux et part à Colonne alors que Jocaste se pend. Ce que Sophocle met en scène dans sa pièce il y a 2500 ans, c'est l'échec du complexe. En fait, ce qui intéresse la psychanalyse, c'est sa résolution. Sigmund Freud repère l'importance des désirs incestueux chez ses patientes hystériques et à travers l'analyse de ses propres rêves, il confirme certaines de ses intuitions qu'il esquisse le 15 octobre 1897 dans une lettre adressée à son ami Wilhelm FLIESS : " J'ai trouvé en moi comme partout ailleurs des sentiments d'amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants. " Puis, trois ans plus tard, dans L'Interprétation des rêves : " La destinée d'Œdipe nous émeut parce qu'elle aurait pu être la nôtre. Parce qu'à notre naissance l'oracle a prononcé contre nous la même malédiction. " Freud précisera ces notions dans les années 1920 avec le concept de castration qui clarifie le complexe d'œdipe en lui donnant une issue et en clarifiant les positions masculines et féminines : Pour le garçon : il est conduit à renoncer aussi bien à la possession sexuelle de sa mère (risque de castration imaginaire par le père) aussi bien qu'à la séduction de son père (castration imaginaire par identification à la mère castrée). Par conséquent on peut dire que le garçon sort du complexe d'œdipe du fait de la menace de castration. Le jeu des identifications conduira au déclin du complexe d'œdipe, l'enfant constituant sa personnalité de façon composite en empruntant les éléments constitutifs de sa personnalité aussi bien à la mère qu'au père.
Chez la fille : la mère est, comme le garçon, le premier objet d'amour et d'investissement libidinal. La fille entre dans le processus œdipien par la découverte de la castration. Le processus est alors le suivant : rejet de la mère comme castrée, désir d'avoir un pénis comme le père qui se transforme en désir d'avoir un enfant du père. La mère se situe comme rivale et objet d'identification
APRÈS FREUD
LACAN
Lacan a travaillé toute sa vie autour de l'oedipe et l'a validé comme un fondement en ce qu'il représente l'interdit de l'inceste, il va élargir et quitter l'enfant dans sa famille pour passer au sujet dans le cadre du symbolique qu'il aborde sous l'angle de la structure et de l'histoire. L'œdipe serait le mythe freudien qu'il traitera avec le concept de la métaphore paternelle.
La métaphore paternelle est développée particulièrement dans les formations de l'inconscient, séminaire 1958. Il se détache trois temps de cette métaphore que j'ai repris dans l'ouvrage de Joël DOR (introduction à la lecture de LACAN)
1. relation d'indistinction quasi fusionnelle à la mère. Phase de la dialectique de l'être : être ou ne pas être le phallus de la mère ; être ou ne pas être ce qui manquerai à la mère. Aucun élément tiers ne parait médiatiser le lien mère-enfant, cette identification phallique à la mère.
2. le père prive la mère de cet objet et frustre l'enfant de sa mère. C'est l'inscription à un manque de l'objet. La mère ne désire plus l'enfant comme supposé être ou ne pas être le phallus mais le père comme supposé l'avoir ou ne pas l'avoir. On passe dans la dialectique de l'avoir. Rencontre avec la loi du père.
3. temps de la symbolisation de la loi. Le père intervient comme celui qui a le phallus, il réinstaure l'instance du phallus comme objet désiré de la mère et plus seulement comme objet dont le père peut le priver. L'enfant repère la place exacte du désir de la mère.
Mère et enfant sont dans la dialectique de l'avoir. La mère le désir auprès de celui qui le détient, l'enfant le convoite là où il se trouve, cette dialectique appelle ainsi inévitablement le jeu des identifications :
- le garçon s'identifie au supposé l'avoir : le père.
- Dans la dialectique de l'avoir ou ne pas l'avoir, la fille se range sur le mode de ne pas l'avoir, elle s'identifie à la mère.
J-D NASIO décrit ainsi la résolution de la crise oedipienne : il y a refoulement des fantasmes et de l'angoisse, renoncement aux parents comme objets de désirs et incorporation des parents comme objets d'identification. Actuellement :
Les psychanalystes s'entendent sur un fait que l'oedipe est une pierre d'angle de la psychanalyse. Monsieur Jean-Paul HILTENBRAND dans son dernier ouvrage " insatisfaction dans le lien social " fait référence de façon synthétique à l'œdipe :
" Dans notre modernité, ce mythe de l'Œdipe élevé au rang de concept peut paraître désuet, voire prêter à sourire. Pourtant, il contient deux faits irréductibles : l'interdit de l'inceste et l'apprentissage normalisé du désir par l'enfant dans l'établissement de ses premiers liens sociaux. "
NASIO : " le mythe d'Œdipe est d'une portée éthique extraordinaire. On peut toujours me dire : " Mais l'oedipe… le complexe de castration… depuis cent ans les choses ont évolué… la culture, la sexualité ne sont plus les mêmes… on pourrait très bien se passer de l'Œdipe, etc. " je veux bien me passer de la légende oedipienne, mais inventez-en un autre qui parvienne à faire comprendre aussi bien le sens profond des épreuves vitales que nous, les adultes, traversons sans cesse. La première épreuve est celle d'accepter que devant un choix difficile, je ne perdrai jamais tout, et qui si je gagne, je ne gagnerai jamais sans perte. "
Notion de régime maternel et de régime paternel : Charles MELMAN dans l'homme sans gravité. Ce qui serait important dans l'oedipe c'est le Passage d'un régime maternel (ou matriarcal) à un régime paternel (ou patriarcal) : Le régime maternel est fondé sur l'évidence et la positivité… la mère est la cause de l'enfant… nous sommes dans le registre de la métonymie, c'est la contiguïté qui organise l'ensemble de notre monde… simplicité apparemment heureuse, où tout est naturel. Le monde animal - le monde naturel par excellence - à évidemment un rapport direct avec son objet… ce monde propice à une satisfaction qui n'implique aucune médiation et ne passant pas par le travail n'a pas manqué de représenter pour notre humanité une sorte d'idéal, un paradis perdu, diront les chrétiens…
Le régime paternel : où ce qui importe et l'emporte est de l'ordre de la foi et renvoie au pacte symbolique… l'invocation du père comme métaphore, caractéristique du patriarcat, vient effectivement introduire une rupture… le régime paternel introduit un effet qu'on pourrait dire traumatisant, car il apparaît que cette opération implique que les objets avec lesquels je pourrais me satisfaire ne seront jamais que des substituts, des semblants. Il y a donc une perte. Et la condition de mon désir, de son accomplissement, va être corrélée à cette perte.
Passage donc d'un régime maternel à un régime qui, en lui-même, est traumatique puisqu'il consiste dans l'introduction de la dimension du réel. C'est exactement ce dont souffre l'adolescent.
Avec des remarques importantes commentées par M. J-P LEBRUN :
Les deux régimes sont constitutifs du sujet indépendamment même de la présence concrète du père ou de la mère.
Ne nous laissons pas trop imaginariser par ces notions de papa et maman même si cela reste extrêmement porteur pour indiquer à quel point la métonymie est ce qui commence et puis après il faut la métaphore pour qu'on passe à l'autre régime.
Il ne faut absolument pas penser que le père a le monopole du symbolique.
2. Adolescence et complexe d'œdipe :
Penchons nous maintenant sur les adolescents pour situer sous quel angle je l'aborde.
Résumons ce que peut être l'adolescence :
- Changement de corps, un corps d'enfant devient un corps d'adulte.
- Changement de taille, l'adolescent devient aussi sinon plus grand que ses parents.
- Développement rapide de l'appareil génital et des caractères sexuels secondaires lui autorisant une reproduction sexuée et des rapports sexuels.
- Surgissement des pulsions sexuelles.
Ce qui était à peu près établi pendant la phase de latence entre 5 et 12 ans se trouve bouleversé. Ce qui définissait l'enfant pré-pubère n'est plus :
- image du cops stable
- les lois sont admises
- les pulsions sexuelles à peu près tranquilles
- identification à ses parents bien établie
Comme si tout était à refaire.
Donc croissance, potentialité d'une sexualité d'adulte et pulsions sexuelles sont au rendez-vous !
L'adolescence représente un moment exceptionnel, une seule fois dans l'histoire d'une personne s'associent autant de changements physiques, psychologiques et sociaux et de façon si prononcés que l'adolescence est un bouleversement complet, une mutation, une métamorphose en rupture avec la période précédente.
Mais l'adolescence est un temps, un passage, comme le dit le mot métamorphose, c'est un changement d'un être en un autre. Ce temps est nécessaire et la transmutation ne se fera pas sans du temps et sans embûches.
M. BRES nous le rappel, l'adolescence dans ce qu'elle a d'un processus d'autonomisation s'apparente à l'odyssée de HOMERE. L'odyssée est un itinéraire avec un début et un but. Elle se déroule dans une temporalité, avec une chronologie, une avancée du sujet.
Adolescence et œdipe.
En quoi l'adolescence est-elle une période de reviviscence (le terme est-il juste ?) du complexe d'œdipe.
Nous avons repéré que dans le complexe d'œdipe il est question, pour le garçon comme pour la fille, de rivalité et d'identification vers les parents des deux sexes avec pour conséquences identification et choix d'objet. On aperçoit rapidement le lien entre l'oedipe et l'adolescence.
Le complexe d'œdipe apparaît entre 3 et 5 ans. Son déclin marque l'entrée dans une période dite de latence, et sa résolution après la puberté se concrétise par un nouveau type de choix d'objet.
(Dictionnaire de la psychanalyse ; E. ROUDINESCO).
Voici ce qu'exprime J.-D. NASIO dans son dernier livre " L'oedipe, le concept le plus crucial de la psychanalyse "
" Remarquons qu'après une période de relative accalmie pulsionnelle - je dis bien relative -, se produira à la puberté une seconde secousse œdipienne. Tout comme il l'avait déjà fait à quatre ans, le jeune adolescent devra ajuster l'ardeur de ses impulsions à son nouveau corps en pleine métamorphose pubertaire et aux nouvelles sollicitations sociales. Mais un tel ajustement n'est jamais facile pour un jeune et c'est pourquoi nous rencontrons tant de difficultés avec l'adolescent en crise. Le jeune ne sait plus apaiser ses élans comme il l'avait fait à la fin de son oedipe ; au contraire, il attise son désir en devenant révolté et quelquefois, à l'inverse, il réprime son désir si brutalement qu'il en devient inhibé et tout timide. Néanmoins, le volcan œdipien ne s'éteint pas à l'adolescence. Beaucoup plus tard, à l'âge adulte, à l'occasion d'un confit affectif, de nouvelles éruptions pourront éclater sous la forme de souffrances névrotiques telles que la phobie, l'hystérie et l'obsession. Enfin, n'oublions pas qu'une autre réactivation de l'oedipe peut se rejouer, expérimentalement cette fois, sur la scène analytique au cœur de la névrose de transfert. Je le dirai en une formule : le transfert entre patient et psychanalyste est la répétition en acte du complexe d'oedipe. "
Il me semble qu'on peut détacher deux choses pour expliciter ce retour à l'Œdipe :
1. La chute du repère trans-générationnel :
Corps d'adulte comme les parents.
Taille souvent plus grande que les parents.
Accès à la reproduction sexuée et à la sexualité d'adulte ; comme les parents.
Accès à l'autonomie, dont l'autonomie financière pour les grands adolescents.
Comme c'est précisé, l'enfant devient adulte, la séparation des générations, la distance parents/enfants est moins claire, elle n'est plus une évidence. (Elle est déjà moins une évidence avec le déclin de la famille de notre modernité).
Cette chute du repère trans-générationnel vient réveiller la question de l'interdit de l'inceste : Ce qui était à peu près stable quant à l'attirance pour un parent et l'hostilité pour l'autre est remis en question bien entendu dans quelque chose d'irrationnel puisque tout ceci est inconscient, l'expression peut en être l'angoisse.
Donc c'est comme si il y avait un " maintenant je peux " ! J'ai la taille, la force physique et les organes pour régler mon hostilité, pour prendre sa place, pour aller vers mon désir… !!!
Un adolescent me disait récemment que c'était lui, le chef de famille à la maison parce qu'il vendait de la came et qu'il était plus riche que son père et qu'il pouvait acheter des choses à sa sœur et que si son père n'était pas content il lui mettait une gauche ! Je ne vous cache pas qu'il était plutôt instable, agité à la limite de l'agressivité et très angoissé. Il était adressé pour trouble du comportement, hyperactivité, trouble anxieux.
2. Surgissement des pulsions sexuelles. Ces pulsions sexuelles viennent également questionner sur le désir et la jouissance avec le corollaire qui est un retour sur des questions de cette phase de perversion polymorphe : la donne est différente maintenant. C'est la naissance d'un autre questionnement sur le fait qu'il pourrait y avoir une autre issue à l'œdipe. C'est le temps décrit par Freud et d'autres de perversion polymorphe. Le temps de la verleugnung : déni, qui permet de garder le beurre et l'argent du beurre, le je sais bien… mais quand même… d'Octave Mannoni ou le je sais bien que la vie n'est pas que jouissance, mais quand même… je sais bien que tout n'est pas possible, mais quand même…de Roland Chemama. Ce que nous dit aussi un artiste, Bernard LAVILLIER dans ses termes : " rien n'est permis, tout est possible… " Les adolescents face à ce clivage vont avoir besoin d'expérimenter des choses de cette hypothétique jouissance et de vérifier les lois familiales pour repérer jusqu'ou ils peuvent aller dans ce possible, dans ce " mais quand même ".
D'autre part l'adolescence est un temps charnière fondamental dans la structuration humaine avec une nouvelle perception de ce qu'est la condition humaine, de ce qu'est le sujet et en particulier la structuration de son désir construit autour du manque, de ce qui fait sa spaltung, division du sujet. L'adolescence est un temps de découverte, de rencontre de cette dure réalité ce d'autant qu'elle se produit dans un environnement social qui prône le contraire à savoir l'accès à l'objet plein, à une consommation effrénée et à une jouissance sans limite pour de bon usagers… C'est à ce titre une phase de remise en question avec une lutte contre soi-même et contre le social (ce social qui est sujet de la post-modernité) pour intégrer et admettre cette insatisfaction. Comme l'écrivait récemment M. Marc CAUMEL DE SAUVEJUNTE " C'est ce défaut structural de la satisfaction qui laisse la place vide de l'altérité, cette altérité du grand tiers (dieu, le père etc.) qui est passée à l'altérité des petits tiers, ces petites mains qui donnent consistance à l'expérience humaine. "
Finalement l'adolescent dans ce qui se trame de sa structuration en tant que sujet passe par le même cheminement que FREUD dans sa découverte copernicienne : … " un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours, qui se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison, qu'il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. " (Introduction à la psychanalyse, chapitre 18)
Œdipe au-delà de l'adolescent. Enfin, l'adolescence est une rencontre en première ligne entre enfants et parents et le problème de l'œdipe des parents se trouve également mobilisé dans cette occasion. On rencontre des mamans incapables de laisser de l'espace à leur enfant de peur de les perdre, de les perdre non pas comme sujet puisque d'accepter l'autre comme sujet c'est le perdre, mais en temps qu'objet et des pères maladroits et en demande d'aide devant quelque chose qui serait de l'attirance pour leur fille qu'ils règlent parfois par de l'agressivité. Un père expliquait qu'il avait dit à sa fille dans un moment de colère " si vous n'étiez pas là les enfants, je ne resterai pas avec ta mère. "
De plus le temps de l'adolescence est souvent le temps d'une crise des parents, la quarantaine ou la cinquantaine… P. JEAMMET " d'autant que certains qui avaient traversé apparemment sans encombre la période d'adolescence, la repoussant au loin, sont saisis vers la quarantaine de mouvements profonds et ignorés, les portant vers des remises en question généralisées, tant sur le plan affectif que professionnel. "
3. clinique de l'Adolescence, œdipe, science.
Ce chapitre veut tenter de montrer l'intérêt d'une relecture psychanalytique de ce que nous amènent les adolescents. J'entends psychanalytique par ce qui en est la pierre d'angle : l'Œdipe.
Plusieurs points :
Notre place :
N'est-il pas fondamental de se questionner sur notre place quand nous sommes interpellés par un adolescent qui se confronte pour créer la sienne. C'est de la pratique quotidienne, l'adolescent va tester qu'elle place nous occupons, nous ou l'institution. Dans cette rencontre de l'adolescent il y a deux interlocuteurs, deux places : l'adolescent et le soignant. L'adolescent ne sait pas vraiment ce qui ne va pas il est en train de créer sa place et il vient rencontrer un adulte pour en parler. L'adolescent ne sait pas forcément ce qu'il recherche, mais il sait que ça ne va pas. Entendre ce qu'amène l'adolescent en s'appuyant sur une lecture psychanalytique, c'est entendre d'une place qui s'inscrit dans une histoire, dans une théorisation de l'appareil psychique étayé de très nombreux ouvrages et d'une clinique de tous les jours. De cette place repérante nous pouvons écouter un adolescent avec une certaine stabilité. M. J-P. LEBRUN disait même récemment qu'il n'y a que la psychanalyse qui propose une théorisation de l'appareil psychique. Clinique de l'adolescent et œdipe :
D'autre part il est très fréquent, si ce n'est constant, que ce que raconte l'adolescent dans sa tentative d'expliquer ses difficultés (mythe individuel du névrosé) nous renvoie à l'œdipe et plus largement à la métaphore. Prenons un exemple d'une adolescente qui était hospitalisé pour des motifs d'angoisse, de dépression, de phobie sociale, d'immaturité. Elle raconte un jour une angoisse pendant une permission et elle vient à dire que son angoisse venait du fait qu'elle avait pris le tramway sans titre de transport et qu'elle avait été angoissée durant tout le trajet, qu'elle avait investi beaucoup d'énergie à surveiller qu'un contrôleur n'arrive pas, à chaque arrêt l'angoisse montait et elle hésitait à descendre… puis elle se met à faire l'association avec l'entretien et ses angoisses qui l'avaient conduite à cette hospitalisation et on arrivera à cette constatation qu'elle n'avait pas le titre de transport pour traverser la vie, le social. Cette adolescente venait de percevoir qu'elle traversait un temps de vérification, de retour aux sources des lois dans le but de s'inscrire dans son désir. Sans loi, sans titre de transport pas de sujet désirant, pas de lien social pacifié. L'adolescence est un temps de vérification des lois familiales en tant que la règle familiale est un modèle de loi sociale. On distingue d'ailleurs très nettement un adolescent d'un psychopathe, le premier se confronte essentiellement au règlement familial, le second enfreint tous les systèmes de règlement. L'institution hospitalière à son règlement et les adolescents s'y adaptent rapidement (à la grande surprise des familles), les psychopathes ne peuvent pas s'y inscrire. J'utilise cet exemple car souvent on trouve dans des comptes rendus ou des expertises psy le terme de psychopathe alors que ce sont des adolescents ! Autre exemple : le jeune C. 18 ans, est adressé par un pédopsychiatre pour un nouvel épisode d'angoisse depuis 2, 3 semaines dans un contexte de phobie sociale. Ses parents ont divorcé quand il avait 3 ans, il a vécu alternativement chez sa mère puis chez son père qui a une nouvelle compagne (belle-mère) et en famille d'accueil. Il aborde spontanément la relation qu'il entretient avec son père : - Il n'a pas de volonté, il est influencé par sa femme (belle-mère), il est trop pris dans son amour pour elle pour s'occuper de moi. " il parle de sa rivalité avec sa belle-mère. À ma question sur son angoisse il dit : - j'ai mon père à mettre au tribunal, le juge a dit qu'il fallait que je réclame une pension alimentaire qu'il me refuse. Mon psy soutient cette démarche mais m'a dit qu'il ne voulait pas en parler, que c'était à son éducateur qu'il fallait en parler. " La pension alimentaire est une idée de la maman de C. qui considère que son ex ne s'occupe pas assez de son fils. À ma question, pourquoi passer par le tribunal, il répond : - Si je demande directement à mon père il répondra " j'ai assez de ma famille "… il veut que je présente mes excuses à ma belle-mère, elle me déteste, je ne pourrais pas faire ça. J'ai fait plein d'effort, c'est irrécupérable, c'est à cause de mon père que je suis introverti. Je veux faire le deuil de mon père tout en lui rappelant ses devoirs… " A ma question sur les problèmes financiers : - j'ai de l'argent jusqu'à 21 ans, je n'ai pas besoin de son argent mais ce sera une douleur pour lui, devant un juge, toucher à son porte-monnaie c'est quelque chose ! " Je ne vous surprendrais pas en vous disant qu'il était très angoissé en prononçant ces mots. Ca se passe de commentaire mais tout de même pour faire le lien avec notre réflexion on repère la proximité avec l'œdipe, amour et hostilité pour le père et la mère (belle-mère) avec un grand vide pour savoir ce qu'il faut faire, grand vide autour de ce manque d'inscription dans la loi qui caractérise l'adolescent, jusqu'où peut aller cette hostilité pour le père, jusqu'au " meurtre " comme le juge le pousserait à le faire ? Quand cet adolescent parle de l'hostilité pour son père, on entend que c'est de l'amour, en tout cas quelque chose du côté du lien et ça se vérifie par rapport à la jalousie qu'il porte envers sa belle-mère. Cet adolescent après quelques jours d'hospitalisation va demander sa sortie en disant qu'il allait mieux, je le rencontre à ce moment et il me dit qu'il a pris la décision de ne pas porter plainte contre son père. Ses propos seront à peu près ceux-là : " Je n'ai pas besoin d'argent de toute façon… je ne veux pas couper le faible lien qui existe entre nous…, je culpabiliserais trop, je ne veux pas rentrer dans un tel conflit… " Ces angoisses dans ces deux exemples ressemblent aux angoisses de Laïos et d'Œdipe, angoisse que l'oracle se réalise, angoisse qui pousse le premier à tuer son fils et au deuxième à se crever les yeux. Quelque chose de la métaphore n'est pas terminé, n'est pas refoulé (le signifiant phallique). La psychanalyse n'est pas sans savoir :
Comme nous venons de le constater, l'adolescence est un moment exceptionnel, c'est un bouleversement et son importance explique à elle seule le trouble dans lequel est plongé l'adolescent. Ce trouble est plus ou moins important et s'apparente parfois à des symptômes rencontrés par des adultes : en particulier angoisse et dépression qu'on peut décliner sur tous les degrés de gravité. (Je ne parle pas des pathologies qui émergent à l'adolescence). À nous qui ne sommes pas tout à fait sans savoir, pas totalement ignorant de ce qui se passe pendant cette période de reviviscence œdipienne d'entendre et d'accompagner ce que nous dit l'adolescent de sa souffrance, de ses difficultés de ses impasses.
N'oublions pas non plus que l'adolescence est un passage, une transition, elle n'est pas un état de fait, un état définitif. C'est une passade, une phase qui nous oblige à laisser de côté des notions telles que normalité (qu'est-ce que la normalité ?) ou maladie mais à penser en terme de dynamique, de dialectique, pourquoi pas de topologie. Nous sommes dans la clinique du lien, au-delà de la raison et du savoir. À nous de ne pas nous jeter sur le DSM ou la CIM10 et autre consensus expert de diagnostic et de prescription puisque nous ne sommes pas dans la maladie mais dans un déroulement normal d'une phase qui par définition ne peut se passer sans difficulté, sans tracas, sans tourment, sans gène, sans souffrance. Nous ne sommes pas dans le dogme mais dans un parcours d'un sujet inscrit dans son histoire singulière. Nous ne sommes pas dans le gène mais dans la gêne ! Cette distinction entre souffrance et maladie renvoie à cette étonnante définition de l'Organisation Mondial de la Santé : la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité (New York juin 1946 ; signé par les représentants de 61 États). Je ne sais pas ce que vous inspire ce " bien-être complet " mais moi ça me fait penser au bébé dans les bras de sa maman après une bonne tétée et en plus prosaïque au drogué qui vient de prendre sa dose.
Je ne ferai ici qu'une très brève référence au rapport de l'INSERM du 22 septembre 2005 intitulé " trouble des conduites chez l'enfant et l'adolescent " parce qu'à lui seul il pourrait nous occuper la soirée entière tant il parle de lui-même de son propre dénigrement, à son insu bien entendu. Ce rapport est ce que l'expert dans son fantasme du mythe du corps machine a de plus pathétique dans sa démarche face à la compréhension de l'Homme… Le risque pour ces adolescents n'est-il pas que leur souffrance, leur appel soit transformé en maladie qu'il faut traiter, le pathologique va de paire avec la thérapeutique. Il y aurait transformation d'une demande et de son adresse, en une réponse standardisée, robotisée. La réponse est l'ennemi de la question comme le disait un certain dont j'aimerais bien retrouver la référence. Répondre c'est refuser d'entendre, c'est-à-dire d'accompagner, de cheminer au côté de celui qui s'interroge. Répondre par la technoscience c'est boucher cet espace qui permet au sujet de s'exprimer, de demander, c'est un comble pour un sujet en devenir qu'est l'adolescent. Paul VALÉRY l'exprimait ainsi : " la science n'est pas de passer du compliqué au réductionnisme simple, mais de passer du compliqué au complexe compréhensible. " Voici ce que dit M. HILTENBRAND concernant la science dans la post-modernité : " parmi les conséquences du discours de la technoscience ayant une incidence directe sur la jouissance du corps… la médecine elle-même subit une mutation de sa pratique dans le sens où son champ traditionnel était la maladie (donc la pathologie et la thérapeutique), à présent elle voit sa mission étendue à la santé en général c'est-à-dire qu'ici encore son intervention concerne non seulement la guérison mais également le confort et le bien-être. "
Plusieurs conséquences à cette dérive que nous n'allons que citer :
- Pas de solutions à la problématique, pas de cheminement pour sortir de l'impasse.
- Stigmatisation dans le pathologique avec risque d'y trouver son compte à travers une néo-identité de malade dans une période d'identification qu'est l'adolescence.
- Risque également de se trouver dans une autre impasse qui est celle de la maîtrise, ou plutôt semblant de maîtrise par la maladie en particulier maîtrise des relations avec les parents ou autre modèle de structure sociale au travers de justifications qui dépendraient de leur maladie. Exemple entre autres de certains adolescents dits hyperactifs ou bipolaires qui revendiquent leur refus de toute frustration et en particulier frustration liée à l'autorité par le fait qu'ils sont atteints d'une maladie… incurable…
Concernant tous ces points voici ce qu'a écrit récemment Philippe JEAMMET dans un article intitulé : " Savoir poser des limites chez l'adolescent : Plus que tout autre trouble, les troubles mentaux concernent la communication avec l'entourage et peuvent devenir une force entre les mains de l'enfant, et surtout de l'adolescent, qui lui permet à la fois de susciter l'attention de son entourage et d'échapper au pouvoir de celui-ci en les mettant en échec et en se servant de ses troubles pour affirmer sa différence et se constituer une néo-identité… je souffre donc je suis et par ma souffrance j'échappe au pouvoir de ces adultes qui sont impuissants à m'aider. La souffrance devient une identité et un rempart derrière lequel ils se réfugient, souffrir devient une forme d'anesthésie… puis citant Albert CAMUS dans " le premier Homme " : " Quand l'âme reçoit une trop grande souffrance, il lui vient un appétit de malheur… " Il ne faudrait pas, dit le Pr JEAMMET, que nos adolescents puissent penser que nous aimons le malheur. "
La place d'autorité :
Allons un peu plus loin en nous référant à notre post-modernité, cette post-modernité qui agit sur le sujet avec l'émergence de la nouvelle économie psychique largement développée par C. MELMAN et sur le social avec la chute de la place d'autorité, qui n'est plus un référent des autres places. Ce changement de notre modernité fragilise le lien social à tous les niveaux et en particulier dans ce qui nous concerne dans cette réflexion à savoir la famille, l'éducation nationale, la législation. Ces trois institutions qui ne fonctionnent qu'en référence à une symbolique, à des règles qui ne sont plus évidentes aujourd'hui se trouvent affaiblies et de fait moins repérantes pour l'individu et en particulier l'adolescent. Actuellement l'adolescent en recherche de limites, de repères se trouve plus dépourvu, plus libre. La confrontation sera donc d'autant plus forte ou violente et les limites d'autant plus éloignées. Lorsque l'adolescent ne peut plus s'appuyer sur l'autorité familiale puis sur l'autorité scolaire il pousse sa recherche du côté de la loi du code pénal qui défaille aussi. À qui peuvent se référer les adolescents si la famille, le scolaire, la communauté, (et même le droit) ne peuvent plus garantir de leur disposition à être bousculé, interpellé, sollicité. Qu'est-ce qui pourrait bien faire autorité dans cette course sans limite ? Il en résulte une diminution du dialogue, des négociations, des confrontations mais une augmentation des passages à l'acte, des comportements violents agressifs. Qui va remplacer cette défaillance de l'autorité ? La technoscience et l'une de ses branches : la médecine moderne issue de l'Evidence Base Médecine. Cette science est une discipline qui ne subit pas les défaillances du symbolique puisqu'elle est le savoir, un savoir qui n'a pas besoin d'une inscription dans son histoire, d'avoir foi en une autorité en une transcendance puisqu'elle est un savoir prouvé, qu'elle est scientifiquement validée, qu'elle est connaissance experte et factuelle. Cette science émérite serait détentrice d'un savoir qui tient lieu de vérité. Le lien social est substitué par le discours de la science ; La technoscience prend la place de l'autorité nous dit M. HILTENBRAND. Des échelles scientifiques permettent de classer les expressions subjectives et singulières rencontrées chez les adolescents. Les expressions cliniques chez les adolescents des situations d'impasses susmentionnées deviennent des troubles : TDC (trouble des conduites), TOP (trouble oppositionnel avec provocation), TDHA (trouble déficit de l'attention hyperactivité), TCPNS (trouble du comportement perturbateur non spécifique) TAG (trouble anxieux généralisé), TOC (trouble obsessionnel compulsif), ou TDM (trouble dépressif majeur)… Cette science experte comme on le retrouve dans le rapport de l'INSERM propose également de substituer leur savoir à l'autorité familiale en proposant aux parents quels soins ils doivent apporter à leurs enfants. Nous sommes très régulièrement interpellés dans l'Unité pour Grands Adolescent de M. BRES par des situations ou l'adolescent demande une hospitalisation avec comme motivation clairement exprimée qu'ils ne veulent plus retourner chez leur parent (Je ne parle pas des situations de maltraitance). Cette propension perverse de l'hospitalisation est une difficulté qui anime souvent nos réunions médicales sur les admissions et sur les durées de séjour de l'adolescent. On voit comment la science vient renforcer ce qui est déjà défaillant, là où la famille a besoin d'être soutenue on lui retire ce qui lui restait. L'inscription dans le symbolique, dans l'œdipe n'est, faut-il le rappeler aucunement une affaire de savoir. Voici des passages tirés d'un article (Évelyne LENOBLE - Marika BERGES-BOUNES - Sandrine CALMETTES - Jean-Marie FORGET) paru dans Le Monde du 3 octobre 2005 concernant justement ce rapport de l'INSERM : À qui l'enfant désobéit-il, de qui attend-il une sanction ? Faut-il rappeler, ici, la nécessité pour l'enfant comme pour l'adolescent de s'affirmer par l'opposition : l'autonomie, l'individualisation passent inévitablement par le "non ". (…) A confondre le malaise singulier de la subjectivité de l'enfant, - la question de l'autorité qu'elle soit parentale ou scolaire - et l'élision de la dimension symbolique dans la vie sociale, on ne peut qu'alimenter les risques de dérive et désamorcer le travail que de nombreux professionnels de l'enfance ont entamé depuis fort longtemps.
Donc l'adolescent en souffrance représente un appel à l'autorité conceptualisée par l'œdipe et l'adolescent dans notre social rencontre la psychiatrie scientifique. Pour l'exprimer de façon différente : l'adolescence recherche le Nom du Père pour conclure quelque chose de la métaphore, il risque de rencontrer la technoscience et l'institution psychiatrique qui en suturant le sujet (G. POMMIER) et en l'empêchant de se confronter au cadre familial premier et dernier bastion de la subjectivation, l'inscrit dans une impasse, une nouvelle impasse. Comble chez l'adolescent.
En conclusion : Il y a de la souffrance dans l'adolescence mais ça n'en reste pas moins une aventure qu'il faut traverser. Concluons par les mots de M. WINNICOTT.
" Ce qui compte, c'est que le défi de l'adolescent soit rencontré… les parents ne peuvent apporter qu'une aide minime. Ce qu'ils ont de mieux à faire, c'est de survivre, survivre intacts, sans changer de couleur et sans renoncer à des principes importants ".
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