Les actions 2005 organisées par le Réseau Ville-Hôpital-Adolescent (initiative du Docteur Robert BRÉS) dont l'association Parents-Brisés fait partie et a proposé la mise en ligne sur ce site pour divulgation.
| Date: 2006-12-21 |
Thčme:A propos d’enfants adoptĂ©s, qui Ă l’adolescence consultent pour diffĂ©rentes difficultĂ©s, deux cliniciens discuteront de l’articulation Ă©ventuelle entre adoption et certaines formes de souffrances Ă l’adolescence. Compte rendu de l'intervention. Merci de cliquer iCi |
| Intervenant(s): François Valencogne, Médecin psychiatre à l’Unité de Soins pour Grands Adolescents de la polyclinique de psychiatrie et Claude Sibony, psychologue à la consultation adolescents et addictions du centre Arc en ciel, interviendront sur ces questions. |
Adoption Adolescence
François VALANCOGNE
Articulation entre adoption et adolescence dans ce que la première situation peut compliquer la seconde. Il sera question de désir, d’autorité et de légitimité.
L’adolescence, c’est un temps de confrontation à l’autorité pour passer de l’espace de l’enfance à l’émergence de son propre désir.
Le temps d’adolescence est ce temps d’inscription dans des règles, dans la loi afin de devenir désirant. Pour désirer il faut perdre quelque chose, c’est la perte qui permet d’ouvrir un espace dans lequel vient se loger le désir.
Le désir ne peut exister que par la médiation de la loi. Cette médiation est ce que la psychanalyse appelle la castration. Le plaisir suppose l’intégration d’une limite, d’une négativité contrairement à la jouissance qui n’en suppose aucune. C’est au parent qu’incombe la tache de faire accepter par l’enfant cette soustraction de jouissance. (JP Lebrun)
Le sacrifice partiel qui autorise le désir, c’est de cela qu’il s’agit dans la castration. (R Chemama).
B Vandermersch dit ceci : sans le symbole du manque qu’est le phallus, le pulsionnel devient erratique et non subjectivant.
Les parents sont porteurs de la loi en tant qu’ils occupent une place d’autorité pour l’adolescent. Tournons cette phrase dans un autre sens : C’est ce qui fait autorité chez les parents qui est convoqué au travers des confrontations de l’adolescent.
Le parental m’apparaît comme étant le premier lieu possible de cette confrontation, n’en est il pas également le plus fondamental ? C’est dans le milieu familial dans la grande majorité des cas que se produisent les deux temps fondamentaux de la structuration du sujet, le temps du complexe d’Œdipe et de castration et le temps de l’adolescence.
Revenons sur la question du désir. Désirer c’est s’émanciper du désir de l’Autre en l’occurrence le parent.
Si on reste dans le désir de l’Autre on ne peut pas trouver son propre désir, sa propre place.
Rester dans le désir de l’Autre peut également être perçu comme confortable mais très probablement comme insatisfaisant. C’est un choix qu’il faut faire : 1 soit quitter ce confort aliénant en acceptant une entame, entame qui ouvrira au désir ; soit : 2 rester dans des satisfactions à être dans le désir du grand Autre et/ou à l’objet du désir de cet Autre.
« La Jouissance est la branche pourrie de la satisfaction » nous dit Lacan.
Autorité, qu’est-ce que l’autorité et qu’est-ce qui fait autorité ?
Nous allons traiter cette question du côté parental :
- le patriarcat : Dans la tradition occidentale, l’autorité familiale était plutôt du côté du père. Rappelons que cette place d’autorité « de facto » n’est plus une évidence depuis la chute du patriarcat. Dans notre modernité peu de place peuvent se prévaloir d’une légitimité d’autorité : parents, professeurs, éducateurs, médecins, magistrat… L’autorité n’est plus de faite, ce n’est plus une évidence, une notion transcendantale.
Alors en quoi les parents sont-ils encore garant de cette place d’autorité ? Qu’est ce qui légitime l’autorité parentale ?
- La biologie, la génétique, l’hérédité ? Probablement, et je pense que les ressemblances avec l’un ou l’autre des parents est important quand aux identifications qui se mettent en place pendant l’adolescence.
- Le transgénérationnel qui viendrait marquer la différence des places ? Ce transgénérationnel qui existe et qui s’inscrit par le fait même de la procréation. Des parents font des enfants. On peut faire un lien entre le transgénérationnel et l’interdit de l’inceste qui est une interdiction symbolique d’une relation sexuelle entre deux générations.
La société humaine s’organise autour d’un interdit fondateur, celui de l’inceste.
Le symbolique c’est ce qui vient distinguer les générations, nous dit R Chemama.
La procréation signe le fait que la mère de l’enfant à toujours d’abord été, fût-ce un moment, la femme du père. On repère que le père qui est l’amant de la mère vient instauré une soustraction de jouissance du côté des enfants.
- Pour Jacques Lacan, l’autorité repose sur la reconnaissance de la différence de place, celle-ci étant impliquée par les lois du langage. Le langage nécessite cette reconnaissance des différences des places par la découverte de l’irréductibilité entre le monde des mots et le monde des choses. La rencontre avec le langage est prégnante dans le milieu familial.
- Le nom propre du père qui est donné aux enfants ? Les lois actuelles autorisent les mères à donner leur nom de famille à leurs enfants. Qu’est que cela va produire ? Roland Chemama pense que le nom propre est un des composant du Nom du père.
- L’amour que porte les parents pour l’enfant et que porte l’enfant pour ses parents ?
Bien entendu l’amour que porte le parent pour son conjoint, ce lien fondamental et si mystérieux la différence des places, des générations. Aldo Naouri disait quelque chose comme ceci : il n’y a pas de bons parents, il n’y a que des couples qui s’aiment.
- le contrat. J-P Lebrun distinguait trois registres autour de la question de l’autorité que sont le pouvoir du côté de l’imaginaire, l’autorité du côté du symbolique et la décision du côté du réel. Il dit qu’actuellement l’imaginaire tend à remplacer le symbolique, que nous passons d’un système de verticalité à un système horizontal. Actuellement l’autorité qui passe par l’obéissance est remplacée par le contrat, comme pour le médecin. Les parents font des contrats avec leurs enfants, si tu veux ceci alors fait cela.
- Rappelons que le pouvoir, l’autoritarisme, la violence, la force n’ont jamais produit d’autorité.
Ce sont des questions ouvertes à la réflexion.
Qu’en est-il de l’adoption ?
L’adoption n’est-elle pas une situation qui à une propension à délégitimer cette place d’autorité. Un parent qui n’a pas de légitimité évite bien souvent la confrontation.
Rappelons que « adopter » vient du latin « adoptare, choisir » on peut repérer qui il y a la notion de choix qui intervient dans cette filiation.
En reprenant le développement ci-dessus on constate que le parent est en difficulté dans notre modernité à tenir cette place d’autorité et on peut avancer que cette difficulté sera plus grande dans un cas d’adoption. Dans l’adoption il y a encore moins l’appui du patriarcat, il n’y a plus celui du biologique, de l’héréditaire et celui du transgénérationnel est moins claire, il s’appuie sur le choix parental et non pas sur la procréation. Revenons sur Lacan qui repère l’autorité par la reconnaissance de la différence des places, on repère également une potentialité de plus grande difficulté pour les cas d’adoption, tant du côté du parental que de l’enfant. Qu’elle est la place de chacun, parents adoptifs, parents biologiques, enfants… Par rapport à la question sur l’annonce que font les parents adoptifs à leur enfant, comment l’annoncent-ils ? Nous ne sommes pas tes parents biologiques, nous t’avons adopté… tu as d’autres parents… tu as été abandonné… nous ne parvenions pas à avoir d’enfant… c’est vraisemblablement une difficulté de plus mais ce n’est qu’une difficulté de plus !
On pourrait élargir cette réflexion autour des familles d’accueil, des éducateurs, des familles recomposées avec multitudes des beaux-parents, celui des familles homos parentales…
Ex :
Autorité et différence des places : ex de négociations entre une adolescente et un éducateur. Que ce soit l’adolescente ou l’éducateur qui me parlait de ce conflit, pour s’en plaindre, je ne différenciais pas les places, l’un comme l’autre parlait de son interprétation dans ce conflit qui se nourrissait de leur plainte. L’un et l’autre étaient à la même place mais pas à une place différenciée, à une place d’autorité. Ceci gênait beaucoup l’éducateur qui n’était pas entendu dans les limites qu’il posait, mais je ne suis pas sûre que c’était lui le plus gêné des deux !
Dialogue entre eux :
- non ! ce n’est pas toi qui commandes
- Si ! je suis ton éducateur (c’est le « ton » qui questionne)
- Moi je ne t’ai rien demandé !
Cette adolescente était une fille adoptée.
Ex d’un ado adopté à l’âge de 7 ans :
Il explique qu’il a demandé à un éducateur à partir en famille d’accueil car il ne supporte plus l’autorité de son père : « je n’en peux plus chez moi, je ne supporte pas l’autorité de mon père qui ne se remet jamais en question et essaye de me soumettre. Je n’accepte pas la façon dont mon père me parle, comme à un chien. Je n’ai jamais accepté ma famille d’adoption.
C’est un ado qui a rencontré la délinquance, cambriolage, deal…
En conclusion je dirais que ce qui m’apparaît comme étant le plus important dans ce que je viens de développer, c’est que l’adolescent doit pouvoir rencontrer cette confrontation et que les parents doivent tenir leur place. Tenir leur place dans un social qui délégitime la différence des places. C’est une tache difficile et peut être l’est-elle encore plus dans une situation d’adoption.
Les parents sont bien seuls et le risque est grand pour qu’ils ne tiennent plus leur place, qu’ils cèdent en laissant leurs enfants seul face à un grand désarroi…
ADOPTION ET ADOLESCENCE
C SIBONY 21 12 06
A partir de l’unité de soins pour adolescents et la consultation AEC adolescence et addictions, nous sommes partis de quelques remarques quant à la relation éventuelle de l’adoption et certaines modalités de crises et rupture à l’adolescence. Le point de départ de nos questionnements avec R. Brès, F. Valencogne et moi-même était de remarquer le nombre important de situations d’adolescents adoptés en consultation.
La première idée était de vérifier si quantitativement cela avait une signification. Le risque était de partir dans une démarche plus statistique, effaçant l’itinéraire singulier. Si risque il y a, il est pour le clinicien qui procède au cas par cas.
Posons-nous tout d’abord cette question : être père et mère, désirer un enfant ne signifie t’il pas toujours adopter un enfant? Rien de naturel dans être père ou mère, tout est culturel, tout es histoire de désir et d’adoption dans le cadre symbolique, dans le cadre d’une déclaration en mairie, d’une nomination,. Alors quid d’une spécificité de l’adoption réelle ?
La réalité de la consultation est que cette question de l’adoption est fréquemment en surface. D’ailleurs pas vraiment en surface, elle est abordée par les parents, au bout de quelques entretiens, du genre : « ah oui, il faut que je vous dise, c’est un enfant adopté… ». Comme une parole presque honteuse, pleine de mystère. Part d’ombre dans l’histoire qui pourrait tout et rien expliquer. Période inaccessible, non dite, non écrite, à jamais hors langage, mais dont l’effet continue de produire ses ravages.
La crise actuelle, les difficultés familiales, le symptôme de l’adolescent, tout cela pourrait provenir de cet avant perdu à jamais. Ses origines le parleraient soudain à cet enfant, comme une vérité qui s’affranchirait enfin du cadre familial d’amour, de la bonne éducation donnée, de la culture occidentale. Il y aurait dans le fantasme familial et chez le jeune, comme un retour du refoulé, une vengeance du drame ancien, du secret que l’enfant porte en lui sur ses origines. La violence de cette jeune fille, l’obscénité de ce jeune homme, tout cela n’est pas de chez nous….
Ce qui nous questionne n’est pas le lien d’adoption et de l’émergence 15 ans plus tard d’une pathologie. On peut penser que des carences réelles de soins peuvent certainement constituer la source d’un désarrimage à la puberté de la position subjective. L’enfant rencontre dans sa période pubère de nouvelles exigences, face auxquelles il va tenter de se positionner en ayant recours à de nouvelles identifications etc.. Dans certaines situations, nous pouvons penser que de structure, l’adolescent est en risque de décompenser, du fait de ces maltraitances anciennes supposées.
Ceci étant posé, l’autre formulation qui nous met au travail est de se poser la question de comment l’adolescent, son père, sa mère, utilisent l’adoption comme une carte du jeu de leur histoire. Qu’a signifié ce choix, est il lié à la stérilité d’un des parents, qu’ont-ils eu à payer ? Pourquoi un enfant africain, asiatique, blanc… ? Comment ces questions sont mises au travail ? Comment chacun réactualise ces questions lors du conflit ?
Cette part d’inconnu dans notre conception, insu qui nous structure, nous anime, là , serait perçue comme récupérable. L’ado pourrait connaître ses origines. Nos questions portent alors sur le fantasme des origines, confère le texte freudien, et sur le roman familial que tout un chacun élabore, s’attribuant une lignée royale, aménageant ainsi la proximité parentale comme moins dangereuse.
Une autre observation nous a questionné. Quid du pacte symbolique familial lorsque l’adolescent rue dans les brancards ? Nous avons eu l’impression d’une rupture possible de l’engagement de l’adoption.
« Vous n’êtes pas mes parents », pour les uns. D’autres diraient, je ne vous ai pas choisi, ou j’ai pas décidé d’être là ….
« Après tout je n’ai pas voulu de cela en l’adoptant, qu’il parte… » (Grossièrement caricaturé) pour les parents.
« Je, est un autre », dit le poète, là l’autre c’est la continuité imaginaire de l’enfant tel qu’il serait devenu, sans adoption. Nous reprenons mot à mot le mythe oedipien, dans lequel l’enfant devenu adulte peut réaliser le meurtre du père et l’inceste avec sa mère. Après tout l’interdit oedipien serait peut être là moins sûr, moins structurant.
Le pacte familial est-il plus vulnérable en dehors des liens du sang ? Souvent nous nous sommes demandés, dans la fureur de ces conflits, quelle parole attend l’adolescente sur sa place, sur l’amour qu’on lui porte ? Ne cherche t’il pas à rencontrer l’abandon, le désamour, comme trait premier de son identité, comme une fixation de jouissance, répétition mortifère à se l’entendre dire… Ces mêmes fureurs, cette haine qui se déchaîne parfois entre ado et l’un de ses parents, nous pouvons les entendre dans toutes situations de conflits qui nous sont amenées ici. Mais la carte de l’adoption vient comme un joker, qui permet de passer son tour, de ne pas perdre à ce moment, de déplacer l’enjeu…. Dire que l’adoption explique ceci ou cela, c’est être du coté de l’imaginaire et comme disait ironiquement Lacan paraphrasant Molière : « c’est pourquoi votre fille est muette ». Penser que l’adoption n’a rien à faire là , c’est denier le réel des ruptures précoces, l’inscription symbolique de ces ruptures, les changements de noms, de nationalité, de prénom…. Et les ruptures de transmissions symboliques.
Trois vignettes cliniques pour mettre au travail avec vous ces intuitions cliniques.
1 La petite poupée de Chine
Je reçois lors de ce premier entretien les deux parents et leur fille. Elle est de petite taille et toute menue, je me dis, on dirait une petite poupée.
Elle est asiatique, eux non. L’adoption est dans mon esprit, mais ils n’en parlent pas. La mère prend la parole, le père est plus en retrait mais aidant, soucieux pour sa fille, la mère est dans le conflit. La jeune fille est à l’écoute de ce qui se dit d’elle, quelques pointes d’agacement au discours de sa mère, un léger sourire parfois, jubilation de la description de ses exploits…
Ils consultent du fait de conflits de plus en plus violents, mère fille, la place du père est problématique du point de vue de la mère qui serait favorable à une position plus tranchée du coté de la loi, lui serait sur une position plus aidante et compréhensive.
La jeune fille a été adoptée à l’age de trois ans ou quatre, abandonnée une première fois par une jeune mère, recueillie par une tante qui un an après la dépose à nouveau à l’orphelinat, ne parvenant pas à l’éduquer. Elle arrive à l’orphelinat avec un paquet de biscuit, seule marque de la tante.
La mère lors de ce premier entretien parle de difficultés constantes, plusieurs psy jalonnent l’itinéraire, mais là cela devient violent, insultes etc.… Cela dépasse le cadre familial, l’école est le terrain de certaines colères de la jeune fille. Une consommation de hashish vient renforcer le faisceau d’inquiétude des parents.
Enfant jusqu'à la préadolescence, elle a été championne en gymnastique. La mère le dit en terme de : « Elle s’est débrouillée pour se foutre en l’air le genou ».
Je la reçois depuis quelques mois en consultation. La jeune fille déplie progressivement la structure de ses conflits. C’est centré sur sa mère, figure insupportable, elle la mime mangeant, faisant du bruit, oralité obscène. Avec le père elle « s’arrange », au niveau de ce qu’elle désire obtenir. Sa mère lui refuse quelque chose qui a à voir à mon sens avec l’accès au plaisir, être femme, plaire, se maquiller, sortir avec des garçons. Quoi de plus classique ?
Elle a une sœur plus âgée née de ses parents, alors pourquoi cette adoption ? Des troubles physiques ont empêché une autre grossesse. Les parents ont parlé à leur première fille d’adopter et lui ont demandé comment voulait elle cet autre enfant. Le choix d’une fille d’origine asiatique vient de là .
Elle ne le vit pas comme avoir été un objet cadeau offert à sa sœur, ce qui m’a traversé l’esprit. Cette sœur constitue un étayage rassurant, stable, même si elle ne vit pas à la maison.
Elle conserve un souvenir du jour où ses parents et sa sœur sont venus la chercher à l’orphelinat. Elle jouait avec une amie blonde, elle me dit que c’est peu probable qu’il y ait eu là une enfant blonde, sa sœur est blonde. Ses parents lui tendent une poupée, elle tape la poupée sur une pierre jusqu’à la mettre en morceaux. Elle sourit, mais son visage est triste. Pouvait elle recevoir un cadeau, elle qui en était un ?
Quand elle parle des conflits, elle insiste sur les conflits auprès de ceux qu’elle aime. Sa mère, son copain. « Dès que j’aime, je rends la vie à l’autre impossible… » Elle en est triste, elle pense que seul le suicide arrêtera cette fatalité.
On a, en fait, un écho à la situation de réactivation oedipienne doublé de la question de l’adoption. Sa mère me téléphone et me dit : je ne sais plus sur quel pied danser…. Cf le genou bousillé…
D’une part devenir femme, rivalité et amour à la mère, identification et rivalité entre femmes, aménagement de l’amour au père et rencontre amoureuse avec d’autres hommes. Et d’autres part le soubassement du premier objet d’amour abandonnique. L’Autre est persécuteur, il est haïssant, il ne peut que la quitter ; l’abandonner…
La petite poupée de chine, la petite poupée blonde fracassée le jour de la rencontre comme quelque chose qui se brise, l’enfant ne peut accepter un cadeau, ou aucun objet ne pourra combler cette absence réelle, cette carence réelle du premier abandon… Lors de la dernière séance elle tente de m’appareiller pour que j’intervienne dans ses négociations financières avec la mère. Elle me dit : « mais je ne lui demande pas la fin du monde ». La fin du monde ou bien la lune, il y a quelque chose de l’ordre de l’apocalypse à rêver décrocher la lune.
2 Le retour du sombre
Je traiterai enfin de la situation clinique d’un jeune homme, adopté à l’âge de trois ou quatre ans, avec une partie de sa fratrie, dans un famille qui comportait déjà des enfants.
Je reçois ce jeune homme depuis plusieurs années. Il vient en consultation autour d’un usage fréquent d’alcool et de cannabis. Le tableau clinique fait apparaître des comportements violents, l’incendie à plusieurs reprises de lieux ou il vit, maison foyer caravane…
Des actes de transgressions l’ont très tôt amené à rencontrer le juge et être placé de façon sporadique en institutions.
Je le reçois seul et parfois avec ses parents. Les entretiens sont animés, le ton monte, il est menaçant en particulier à l’égard du père. Le thème de l’adoption vient tôt dans les entretiens, mais l’histoire n’est jamais la même. Il aurait été adopté à tel age, la fois d’après ce n’est plus le même age ; avec ou sans des frères et sœurs ; il aurait assisté à des massacres, aurait vu ses parents se faire assassiner ; plus tard il dit n’avoir jamais connu ses parents… L’histoire est infiltrée de reconstruction délirante.
La bonhomie sympathique, le ton narratif du discours à l’africaine, le sourire, le tutoiement, accompagnent sa parole, engagent une certaine forme d’empathie, de sympathie, qui masquent longtemps l’activité délirante sous-jacente. Celle-ci avec le temps se révèle sans que le doute ne résiste.
A plusieurs reprises est mis en place une consultation psychiatrique, mais sa capacité à jouer l’adolescent victime de parents abandonniques fait conclure à différents professionnels à une crise d’adolescence plus ou moins sévère.
Dans son activité délirante, renforcée des ivresses alcooliques et cannabiques, son île natale revient comme un paradis perdu, lieu ensoleillé ou il fait bon vivre. Cela prend la forme de phrases répétées comme une invocation : « tu vas là bas, tu vis avec rien, tranquille man, tranquille ! Tranquille ! » Ou bien partir aux USA, devenir un noir américain, et il mime un charabia de black… Le pays d’origine fournit la trame du fantasme ou du délire.
Le pacte d’adoption a depuis bien longtemps volé en éclat, laissant place à des identifications imaginaires confinant au délire. Le délire est sa tentative de recoller les morceaux laissés détachés par l’absence de nouage autour du signifiant du nom du père.
Un délire d’empoisonnement perce ça et là . Plus jeune il a pensé que sa sœur avait tenté de l’empoisonner. En réponse il lui prépare un sandwich à la mort aux rats. En stage revient ce thème, son patron l’empoisonnerait… Aujourd’hui ce sont les femmes qui lui en veulent, les médicaments délivrés par la psychiatre sont associés au thème de l’empoisonnement.
Les parents, débordés et débordants, orientent les sources de la pathologie sur ce temps d’avant l’adoption. Ce qu’il aurait subi donnerait sens à l’éclosion actuelle de la psychose. C’est probable qu’il y ait une causalité en terme de carences et d’absences de soins premiers, en terme d’abandon et de maltraitance. L’adoption est aussi du coté parents activée en faisant de ce fils un étranger, ou plutôt quelqu’un chez qui l’étrangeté regagne du terrain. Cette étrangeté, relative à la psychose, est dans ce cas rabattue sur l’adoption, l’autre culture. Abandonné une première fois, il retourne à la rue d’où il vient.
Rétroactivement, on peut relire la question de ce jeune homme, l’adoption est reprise dans son délire comme la séparation d’avec l’objet perdu. Il y a une reconstruction du délinquant celui qui est déplacé qui se déplace qui pose la question de ses origines et de sa place dans l’ordre symbolique. Il brûle sa place, moyen de la questionner ou de devoir la recréer sans cesse. Il parle de maffia, il est un homme de la maffia, il n’y a pas de loi…
Ses parents eux aussi utilisent l’adoption comme carte explicative, « sa violence, c’est quelque chose qui vient de là bas », exotique en quelque sorte, presque colonialiste « ils ont le sang chaud. » « on a pas voulu cela, on le renvoie…. » À qui ?
L’adolescence est une période de lecture ou relecture rétroactive (rétroaction signifiante du mot adoption), avec des cas d’entrée dans la psychose quand cela renvoie à une forclusion du signifiant du nom du père, ou encore à une réactualisation d’une douleur face à la perte ou du « drame » de l’abandon.
On peut donc penser que la puberté vient réactualiser du fait de sa rencontre au sexuel et aux ruptures d’identifications, l’adoption et les modalités singulières que chacun a mis en place à cet endroit. Dépression, désarrimage troubles narcissiques pour certains, Forclusion et psychose pour d’autres ou encore dans la névrose rivalité oedipienne s’articulant au fait de l’adoption, l’interdit oedipien étant moins marqué.
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