Académie de Montpellier -Inspection Académique de l'Hérault

Service de Promotion de la Santé

Docteur Christine DAVY - Conseillère Technique, Responsable Départementale - Home Page

VIOLENCES, SUICIDES : DETRUIRE, CONSTRUIRE

SIGNES D'ALERTE • PREVENTION

Je vais me situer dans le cadre de l'école, même si ce n'est pas le seul lien de vie de

l'adolescent, c'est un carrefour social obligatoire, au moins jusqu'à 16 ans. Les jeunes

viennent à l'école avec leur «valise» : leur adolescence, leur souffrance psychique, leur

histoire...

La scolarité se caractérise par un lieu de vie ou une succession de lieux de vie, par des

rencontres multiples avec des adultes mais aussi avec des pairs.

L'école est un lieu d'apprentissage et l'on sait l'importance des modifications cognitives de

l'adolescence.

Quel rôle pour l'école ?

Le suicide est un problème de santé publique qui doit donc intéresser tout le monde. L'école, et tout lieu qui accueillent des adolescents a sans doute un rôle à jouer dans la prévention secondaire, c'est à dire dans le dépistage des adolescents à risque. Le suicide est toujours le signe d'une souffrance et d'un isolement psychiques importants. H faut pouvoir repérer ces signes.

Quels sont ces signes ?

Il peut s'agir de manifestations explosives, inadaptées, incohérentes particulièrement mal tolérées à l'école. A l'inverse il faut aussi s'inquiéter du jeune isolé, en retrait, triste, même si celui-ci est beaucoup moins gênant pour la classe et l'institution.

Il faut alors être particulièrement attentif au comportement scolaire, certains points doivent alerter :

      Une baisse inopinée du rendement scolaire ou des résultats en dents de scie.

      Des retards fréquents, inexpliqués

      De l'absentéisme perlé qui petit à petit s'aggrave

      Une rupture scolaire, des manifestations phobiques

      Des propos alarmants, parfois incohérents au cours de travaux écrits de français ou de
philosophie le plus souvent

      Une attitude manifeste d'ennui pendant les cours, voir l'endormissement ou des pleurs

      Mais il ne faut pas négliger non plus le surinvestissement scolaire : les enseignants et les
parents ne s'en plaignent généralement pas mais il peut faire craindre une dysharmonie
grave du développement.

Face à tous ces symptômes la grande difficulté réside dans la part qu'il faut faire entre une adolescence particulièrement « musclée » et une souffrance psychique qu'il faut prendre en charge (l'âge lycée est la période où débutent des maladies psychiatriques). Si l'enseignant et le personnel de la vie scolaire sont en première ligne, il ne s'agit pas de le transformer en éducateur, psychologue...

 

Les manifestations de détresse d'un adolescent, à l'extrême les propos suicidaires qu'il pourrait tenir sont particulièrement difficiles à supporter ou à entendre par un enseignant. Ceux-ci génèrent des sentiments de peur ou de fascination et peuvent entraîner un mouvement excitateur ou inhibiteur. Se rajoute souvent à tout cela la demande de confidentialité par l'adolescent qui aurait fait des révélations.

L'ENSEIGNANT NE DOIT PAS RESTER SEUL :

La gestion des situations difficiles doit s'organiser autour d'un réseau, et non être gérée par

une personne seule.

L'enseignant doit ouvrir une porte, dire à l'adolescent qu'il est inquiet pour lui et qu'il doit

demander de l'aide. Cette attitude d'ouverture peut suffire à amorcer le dialogue.

Le conseiller d'éducation est également un relais, mais aussi  et surtout l'infirmière de

l'établissement.

Les enquêtes que nous faisons avec l'observatoire régional de la santé dans le cadre de

l'observatoire régional d'épidémiologie scolaire montre qu'en classe de 3eme :  10 % des

passages à l'infirmerie sont motivés par le seul mal être. L'infirmerie est un lieu d'écoute

privilégié, un premier niveau d'évaluation.

Inquiète par les passages répétés de certains jeunes, l'infirmière demande au médecin scolaire

de les rencontrer.

L'Assistante Sociale est également un interlocuteur privilégié. Bien sût tout ceci se fait en

lien, le plus tôt possible, avec la famille. La famille apporte des éléments sur le comportement

de l'adolescent : il est important que les 3 pôles de vie soient évalués. Nous avons parlé de

l'école mais qu'en est-il en famille et avec les copains ? La famille décrit souvent des

comportements inhabituels :   don d'objets  qui  lui  sont  chers,  isolement nouveau,  (reste

enfermé dans sa chambre, sans communication), tristesse, irritabilité, hygiène et apparence

négligées, perte d'intérêt pour les activités habituelles, manifestations répétées d'ennui,

changement   de   poids,   problème   de   comportement   alimentaire   (anorexie,   boulimie),

perturbation du sommeil, intérêt soudain pour les armes à feu ou les médicaments...

Les propos de l'adolescent sont souvent inquiétants, ils expriment lassitude, détresse, impuissance « je veux en finir » « la vie ne vaut pas la peine » « je serais bien mieux mort » « je ne m'en sortirai jamais » « je suis inutile » « je suis écoeuré » « vous serez plus tranquille sans moi »...

Il faut également évoquer la consommation abusive d'alcool, de médicaments ou d'autres

drogues qui sont utilisés pour masquer angoisse et dépression (auto-médication). Aucun de

ces éléments ne doit être négligés, d'autant plus s'ils sont constatés tant à l'école, dans la

famille et par les amis. La grande difficulté à l'adolescence, c'est que la souffrance ne

s'exprime pas toujours comme nous pourrions l'imaginer : un adolescent peut être dépressif et

faire la fête toute la nuit. L'évaluation clinique du médecin va permettre d'orienter s'il le faut

vers une consultation spécialisée.

Le personnel de santé scolaire est de mieux en mieux formé sur la psychopathologie de

l'adolescence. Et des liens formalisés, de plus en plus étroits avec les différents services de

pédopsychiatrie et psychiatrie de l'adolescence se sont organisés ces dernières années. Ce lien

avec l'extérieur, ce travail en réseau est primordial.

(Une expérience intéressante à Montpellier existe depuis 2 ans ; « Lieu Commun ».

Une équipe élargie et spécialisée se réunit régulièrement pour mettre en place une stratégie

d'aide aux établissements scolaires du nord de Montpellier.

Elle regroupe des professionnels de l'Education Nationale: un médecin, une infirmière, une assistante sociale, un conseiller d'orientation psychologue et des psychologues cliniciens, des psychiatres des différents inter secteurs de psychiatrie.

Régulièrement deux ou trois membres de «Lieu Commun» rencontrent l'équipe d'un établissement scolaire qui se trouve en difficulté face à la problématique d'un jeune, malgré le travail interne qui a pu se faire. Cette aide à l'analyse de la situation permet parfois un retour vers une solution interne, classique ou permet d'accélérer la prise en charge spécialisée.

Puisque nous sommes à l'école, je voudrais dire un mot d'une violence faite aux jeunes, qui

probablement s'explique par l'environnement social actuel et l'inquiétude justifiée des adultes

parents, éducateurs et des jeunes eux-mêmes, je veux parler de la « pression scolaire ».

Comme si la réussite scolaire était indispensable à l'épanouissement affectif et social d'un

enfant (même si elle y contribue incontestablement).

Il faut prendre garde à ne pas s'attacher qu'aux résultats scolaires mais mettre en valeur les

capacités créatives, relationnelles, affectives, les aptitudes manuelles, le désir d'apprendre

peut-être autrement d'un enfant.

Attention de ne pas assimiler un jeune à sa note : un devoir peut être nul mais le jeune ne l'est

pas.

UNE PREVENTION PRIMAIRE DU SUICIDE  EST-ELLE POSSIBLE A L'ECOLE ?

Une prévention spécifique, ciblée sur le suicide. Sûrement pas. On ne peut envisager la

prévention des conduites à risque comme on organiserait une campagne de vaccination !

La prévention de la santé mentale ne doit pas s'articuler autour du suicide mais de la

souffrance psychique. II s'agit de renforcer les capacités des jeunes à affronter les évènements

stressants et à les aider à développer des facteurs de protection (des enfants résilients).

Nous savons que parmi les caractéristiques des enfants résilients on trouve toujours de fortes

capacités de communication et un adulte proche qui aime l'enfant et lui porte une acceptation

inconditionnelle (de l'enfant mais pas de sa conduite).

Deuxième point très important l'estime de soi. Si on ne s'aime pas à quoi bon se préserver ?

L'enquête de l'Observatoire Régional d'Epidémiologie Scolaire montre que 26 % des jeunes

de 3ème ont une pauvre estime d'eux-mêmes.

Considérant ces éléments : communication, estime de soi... on comprend aisément l'importance de la relation éducative des enseignants.

C'est dans son travail quotidien et pas seulement pendant une activité de promotion à la santé qu'il faut éviter les phrases blessantes, les humiliations, favoriser la communication, avoir une attitude d'écoute et d'ouverture. Ce qui n'est pas incompatible avec une mission d'enseignement cadrante et structurée. La promotion de la santé, les projets de prévention des conduites à risques ne sont pas tant un savoir-faire qu'un savoir être.