Docteur Jean-Claude CADILHAC - Home Page

ALMA est une association, loi 1901, fondée en 1995 par le Professeur HUGONOT. Au départ 5 antennes dans 5 départements pilotes, maintenant 35 antennes ouvertes ; l'objectif est fixé : une antenne par département. ALMA 34 dont je suis le Président est une de ces antennes.

ALMA, le sigle abrégé Allo Maltraitance personnes Agées, est une association de bénévoles dont le centre de vie est l'antenne où sont reçus des messages par des écoutants formés à la technique de l'écoute, essentiellement l'écoute active respectant l'éthique d'ALMA avec en particulier le respect absolu de l'appelant, de son anonymat, de son désir.

La plainte écoutée est traitée par des référents, le plus souvent anciens professionnels du social, du médical ou du judiciaire, eux-mêmes formés et agissants dans l'éthique ALMA.

Chaque antenne se dote en plus d'un comité de pilotage ou se retrouve les représentants des administrations, des associations, des professionnels ayant à voir avec la personne âgée maltraitée. Le comité qui joue un rôle de consultant se réunit deux à trois fois l'an.

La plainte transmise au téléphone par la victime ou par un proche est écoutée. L'histoire peut s'arrêter là : « ça m'a fait du bien de vous parler mais je ne veux pas qu'on aille plus loin » Sinon la plainte est traitée, le référent peut demander une enquête aux services administratifs compétents, il peut demander par téléphone des renseignements auprès du médecin traitant, de l'infirmier, du gérant, de tutelle, du voisin etc...

Vient le temps de la décision on conseille ceci ou cela, on transmet l'information aux services compétents etc..

Jamais ALMA ne se substitue aux services existants, jamais ALMA ne se porte partie civile.

Au delà de son activité d'écoute ALMA poursuit d'autres buts : elle veut informer, dénoncer, sensibiliser à la bien traitance les personnes et les institutions intervenantes auprès des personnes âgées. Elle est reconnue par le Ministère des affaires sociales qui lui octroie une subvention pour donner toute information apte à évaluer la maltraitance ; c'est pourquoi tous nos dossiers font l'objet d'un traitement permettant une évaluation qualitative et quantitative de la maltraitance. ALMA est implicitement reconnue dans son fonctionnement et son utilité puisqu'une circulaire du 3 mai 2002 émanant de la Secrétaire d'Etat aux Personnes Agées invitait les Préfets à créer des antennes de type ALMA dans leur département.

ALMA a donc depuis le début un rôle de dénonciation et de prise de conscience de la maltraitance aux personnes âgées. Y-a-t-il des résultats ? Est-ce que la maltraitance aujourd'hui est mieux ou pire qu'hier ?

Mon impression personnelle est que dans le secteur institutionnel où les maltraitances sont souvent les négligences, elles devraient diminuer. L'information sur la maltraitance, la formation des agents, les démarches qualités, les comités de vigilance, la commission des plaintes, l'arsenal juridique etc.. .sont là pour instituer la bien traitance.

Je prends un exemple : La contention des malades dans les secteurs sanitaires se faisaient sans réflexion sans que le soignant réalise qu'elle était souvent inutile, dangereuse, agressive pour le patient et anxigène. Actuellement la contention est devenue une prescription médicale explicitement motivée. L'A.N.A.E.S. a rédigé sur ce sur ce thème un protocole bien clair.

Par contre, ne rêvons pas, dans le secteur familial la maltraitance ne peut que s'accentuer. Nos vieux sont de plus en plus nombreux et de plus en plus vieux. Or la maltraitance touche en premier la personne âgée, isolée, démunie, handicapée, incapable de se défendre ; puis elle devient faible, plus l'autre se sent fort en face d'elle et oublie qu'elle continue à être un sujet désirant. Dès qu'on est avec l'autre dans un rapport de force il faut beaucoup de sagesse ou d'amour pour ne pas abuser de la situation.

J'empreinte à mon confrère le Docteur MOISONDIEU, intervenant dans un congrès de l'UNUPA cette remarque que je fais mienne. Il avait intitulé son intervention : « Les vieux ont-ils des têtes à claques » Son article évoquait surtout la problématique de l'Alzeihmer. Il soulignait que l'image du vieux sans défense privé de parole est une image insupportable de la mort. Alors, très vite, on oublie de considérer ce vieillard comme un sujet désirant, il n'est plus que le représentant de cette mort qu'on se refuse de voir, qui reste tabou pour le moins vieux, le vieux n'est plus, dés lors, qu'une tête à calques autorisant le plus jeune à recourir à la force.

Quand la victime devient invisible parce-qu'on ne la voit pas où qu'on ne veut pas la regarder la maltraitance guette. A ALMA nous disons : il faut rendre l'agression visible pour que l'agression redevienne visible et s'impose comme sujet pour que l'agression soit punie.